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Les perdants gagnants Parodie décapante de l’“american way of life”, la série va enfin être adaptée au cinéma. Portrait d’une famille de losers qui connaît depuis plus de vingt ans un succès étonnant… Ils sont jaunes (plus rarement verts…), leurs mains ne comptent que quatre doigts, et pourtant ce sont bien des humains. Et même des membres éminents de la société américaine moderne ! Marge, la mère de cette petite famille de Springfield, Etats-Unis, a la chevelure bleue, coiffée en pièce montée. Homer, le père, traîne un ventre bedonnant à force de boire des bières (des Duff) au bar du coin (chez Moe) et de se goinfrer de beignets. Le fils, Bart, est un petit morveux dont le QI ne dépasse pas les décimales. Sa sœur Lisa semble être la seule à avoir hérité d’un cerveau bien irrigué. Il est encore trop tôt pour miser sur l’intellect de Maggie, la petite dernière. Elle ne parle pas et suce frénétiquement la même tétine. Depuis bientôt vingt ans. Les Simpson, dont le 400e épisode est diffusé ce
mois-ci outre-Atlantique, détiennent le record de longévité des
sitcoms sur le petit écran américain. Et pour leurs
nombreux fans, l’événement de l’année
sera sans conteste, en juillet, la sortie – maintes fois
retardée – du film consacré à la famille
la plus névrosée des USA. Un secret absolu entoure
cette énorme production qui attise nombre de rumeurs sur
Internet. A ce jour, une seule a été confirmée
: oui, Bart Simpson dévoilera bien dans le film « une
partie de son anatomie ». Matt Groening, le créateur
du dessin animé, est injoignable et, d’après
son agent, n’a même plus le temps de dormir tellement
il travaille sur la version XXL de sa série. Quant à la
vingtaine de scénaristes, issus pour la majorité de
la prestigieuse université Harvard, ils ne sont pas autorisés à répondre
aux questions des journalistes. La chaîne de télé Fox
veille jalousement sur son bijou, qui lui a rapporté des
records d’audience – jusqu’à 15 millions
de téléspectateurs – et a dégommé du
petit écran une autre famille américaine, rivale,
The Cosby Show. Les Simpson apparaissent pour la toute première fois
en 1987, dans une émission de variétés,
le Tracey Ullman show, sous la forme de sketchs de deux minutes à peine.
James L. Brooks, un des producteurs, négocie d’entrée
un contrat d’indépendance absolue avec la Fox :
la chaîne n’a pas son mot à dire sur le contenu
des épisodes. La série s’assure ainsi une
liberté inouïe sur le réseau du très
conservateur Rupert Murdoch. « L’arrivée des
Simpson à l’écran a eu le même effet
que la diffusion d’un morceau de musique punk à la
radio ! » raconte Chris Turner, auteur d’un livre
(1) sur le sujet. « La série a révolutionné la
télé en rendant la satire populaire. Elle a inventé un
langage, une façon de voir le monde qui détonne
dans l’univers lisse des médias américains.
Elle a ouvert la voie à toute une nouvelle génération
de programmes, de South Park au journal satirique The Daily Show. » Robert
Thompson, directeur du Centre d’étude de la télévision
populaire à l’université de Syracuse, va
encore plus loin et place les Simpson au même niveau de
génie que Mark Twain et Chaplin. « La qualité d’écriture
et le degré d’humour sont à un niveau d’excellence
sans précédent, et encore jamais égalés à la
télé ! » (1) Planet Simpson : How a cartoon masterpiece
defined a generation,
Random House Canada, 2004. Emmanuelle Dasque |
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